lundi 17 septembre 2012

Merveille du Quotidien #8 : JE NE VAIS PLUS TE LAISSER ME POURIR LA VIE COMME ÇA. NON MONSIEUR.


Parfois tu essaies de poster ta nouvelle note de blog sur comment l'autre relou t'as fait chier dans le train. Et parfois, la vie en décide autrement et te fait écrire une autre histoire. Une histoire qui ne peut pas attendre. Une histoire qui fait que tu arrêtes de corriger encore et encore toutes tes notes de blogs en attente d'être postées.

Je vais vous faire partager une vraie merveille du quotidien aujourd'hui. Une vraie de vraie. Sans humour noir ni second degré entre deux astérisques de dedans ma tête à cause d'une histoire banale et sans intérêt. Elle est pour Monsieur F-F celle là, qui me réclame tout le temps des histoires un peu plus fleur bleue de vraie princesse sans pipi tout rouge ou vomis de bus. Attention, je te préviens, j'inove complètement de style là, j'ai trop peur de te décevoir un peu... Mais faut que ça sorte !

Et ça commence comme ça :

Depuis que je suis toute petite, chaque été je vais avec mes parents en Italie du nord, dans un tout petit village millénaire perché à flanc de colline. Pendant 3 semaine bénies au milieu de rien, on savoure le temps qui passe, les raviolis, le soleil, la rivière, l'absence de télé de radio, les glaces... Depuis que je suis toute petite, quand j'y retourne, c'est comme si on reprenait ce qu'on avait laissé l"année passée dans la petite maison que Papa retape un peu plus à chaque fois. Un endroit rien qu'à nous, où les petits vieux de la rue sont heureux de nous retrouver chaque année ; parce qu'on leur annonce l'été comme les hirondelles qui nichent sous les balcons annoncent le printemps. 

Je chérissais ces moments là plus que beaucoup de choses. Ce petit monde rien qu'à nous dans le grand monde de fous que nous étions tellement contents de laisser derrière les 400 km de voiture au son de Francis Cabrel. On compte les tunnels avec mon frère, on s'arrête toujours à la même aire d'autouroute de La Turbie, et quand enfin on arrive, je sors de la voiture en courant et vais taper à la porte de Fiura, la voisine d'en face pour plonger dans ses bras. J'ai toujours 6 ans dans ce village. Peu importe l'année passée, les bonnes ou les mauvaises nouvelles, les fatigues, les chagrins, quand on arrive là-bas, c'est oublié. Comme quand Maman nous caresse le front après un cauchemar : tout ira bien.

Et puis un été, je cours toquer chez la voisine d'en face... qui n'est plus là pour ouvrir la porte. Alors depuis, chaque année, je vais un peu plus loin de l'autre côté du village derrière le grand mur lui laisser des fleurs fraîches. Les années passent et on rencontre d'autres gens, des français en l'occurence. Et grâce à ces français, on rencontre encore d'autres gens du village. Des gens formidables qui n'étaient pourtant pas très loin. Mais ça c'est une autre histoire. Et l'un d'eux, c'est Giovanni. Ou le Zio pour les intimes. Zio, ça veut dire "oncle" en italien. Un petit tout petit tout rond vieux monsieur avec les cheveux blancs toujours coiffés avec une raie sur le côté et les traces des dents du peigne. Avec des bonnes joues rouges, un petit sourire en coin d'enfant espiègle, toujours son mot à dire sur tout : les gens, le temps, le repas, le jardin, le nouveau tenancier du bar du coin, le gouvernement italien... Les mains croisées sur sa bedaine ou accrochées au volant de sa toute petite fiat. Qui te verse un grand cru ramené de France dans les raviolis, parce qu'il est pas dégueux ce vin ! sans comprendre que c'est pécher pour nous français...

J'aimais le zio au moins autant que ma fiura partie trop tôt. Au moins autant que mon grand-père maternel que je n'ai jamais connu. Pour les même raisons : Ils ont l'air rude, mais sous leur faux-airs de méchants, on voit bien dans leurs sourires que c'est pour de faux quand ils font les gros yeux. Alors j'étais moins triste de ne plus voir la porte d'en face s'ouvrir pour moi. Et ce petit village est redevenu ce petit monde ou tout est tranquille, où même les gros chagrins sont moins durs à porter quand on les partage.

Les années passent, je grandis et après une légère crise d'ado, où je décide que je suis trop grande pour partir en vacances avec PapaMaman, me revoilà de nouveau en route pour ce petit village. Juste un weekend volé en septembre avec mon frère ma belle-soeur et dans son petit bidou un futur bout de chou qui prendra le relais sur le tricycle qui fait cent fois le tour de l'église pendant que les grands font des trucs trop nuls de grands !
Et justement, quand les grands étaient occupés à faire des trucs trop nul de grand, j'en ai profité pour aller faire un tour dans le village. Et j'ai croisé un de nos voisins au café qui veut me montrer qq chose derrière, là où il avait fait des travaux quand c'était lui le gérant du bar. Parce que je fais des études d'architecture, parce que je suis une belle grande jeune fille maintenant. C'est peut-être pour ça qu'il ne voulait pas lâcher mon bras. Qu'il a voulu m'embrasser sur la bouche alors que j'en n'avais pas envie, quand plus personne ne pouvait nous voir depuis la rue. C'est peut-être pour ça qu'il m'a touchée là, juste là où ça faisait 2 bosses sous mon tee shirt. Et il a eu l'air étonné quand j'ai dit non, que j'ai commencé à pleurer et parler un peu trop fort pour lui. Parce que les autres pourraient nous entedre...

Mais surtout, j'ai commencé à avoir tellement peur.

J'ai quand même réussi à m'échapper. Avant que ça n'aille trop loin. Avant qu'il me fasse mal pour de bon sur mon corps. Je suis rentrée chez moi en France, j'ai tout raconté à Maman. J'ai eu 6 ans à nouveau, mais pas au bon endroit. Et je ne m'en suis pas rendue compte tout de suite, mais il m'avait bel et bien fait mal. Pas sur mon corps non, mais dans ma tête. Je ne suis pas retournée en Italie depuis. Il a tout cassé ce petit bout de monde à l'abri de tout. Le seul endroit où on est à l'abri du reste du monde soudain infesté par le dedans, par une des personnes même qui faisaient de cet endroit une petite merveille si précieuse où rien de mauvais n'arrivait jamais, juste le cour normal des choses... Et même le vrai monde était encore plus cassé à cause de lui...

La vie a continué là-bas, et le zio s'est arrangé pour qu'on lui règle son compte. Un peu de la même façon que le mal qu'il m'avait fait : pas sur le corps, mais par le dedans. Faire ressortir au grand jour la pourriture et l'éventer pour que tout le monde se tienne bien à l'écart de cette mauvaise personne. La vie a continué donc, et le zio est tombé malade. J'avais des nouvelles de lui par mes parents qui y allaient toujours année après année. Il était bien content de savoir que j'allais bien, que je lui faisait tout plein de baci, que j'étais architecte maintenant. Je commençais même à me dire que bientôt, j'y retournerai. Bientôt, l'été prochain peut-être. Il parait que le voisin est gagné par la sénilité et abruti par les médicaments, que je serai plus forte que lui maintenant. Oui, c'est sûr, l'été prochain, j'irai, et tout redeviendra comme avant, je ferai le tour de l'église avec le petit bout de chou parce que je resterai toujours plus intéressée par ça que par les trucs de grands...

Et puis, la semaine dernière, le zio s'en est allé rejoindre ma Fiura. Le temps passe, c'est tout ce qu'il sait faire. Et avec lui passent les années et les gens qu'on aime et qu'on croit toujours avoir le temps de revoir. Bientôt. L'été prochain, oui, l'été prochain, c'est sûr j'irai. Je veux juste encore un peu de temps, pour être sûre que j'y arriverai. Que je serai assez grande. Il sera toujours là, le zio, c'est sûr, et même il sera guéri...

Alors j'ai pleuré, bien sûr. Et je m'en suis voulue aussi, beaucoup. J'ai bien compris les "Tu n'aurais rien pu faire", "Mais tu sais, il savait que tu pensais à lui, c'était assez", "De toute façon, il était bien malade tu sais, c'est mieux que tu gardes un souvenir de lui quand il avait la santé", "Mais il sera toujours là, quelque part, tant que tu penseras à lui, c'est comme la fiura, il restera avec toi". Les "Ca ne changerait rien d'aller éventrer le voisin ou de le prendre avec ses tripes". J'étais tellement en colère. Parce que, bien sûr, l'autre, il ne veut toujours pas creuver (la bouche ouverte de préférence, merci). Et j'était tellement triste aussi. J'avais 6 ans à nouveau, toute petite devant ce gros chagrin, mais avec personne pour me consoler de ce chagrin là. Que moi trop petite.

Et puis, je me suis souvenue qu'il restait une semaine avant l'automne ; et je me suis rappelée que j'avais promis à de vieux amis que j'irais les voir avant l'automne. Promis, c'est sûr cette fois, ça fera pas comme les autres fois, en août, je viens à Rennes vous voir vous, votre petit d'homme et la toute petite dernière qui n'a que 3 mois. Nos dernières retrouvailles, c'était pour leur mariage il y a 4 ans, et Elle était enceinte du petit d'homme. Et puis le temps est passé, et même si on s'appelait pour la bonne année ou les anniversaires, on se disait toujours plus tard. Bientôt oui, pas ce weekend là parce qu'on ne peut pas, mais celui d'après, c'est promis. Après tout, c'est tout près Rennes.

J'ai essuyé mes larmes, me suis levée de mon petit recoin de chiale entre ma baignoire et ma colonne de lavabo. J'ai envoyé mentalement se faire foutre ce connard de voisin de mes couilles et j'ai décidé que c'était fini. Je ne le laisserai plus me voler les gens que j'aime comme ça. Il m'en a déjà trop pris, ça suffit maintenant.

 J'ai réservé un aller retour en covoiturage et j'ai passé 3 jours avec toute la petite famille.  ; on se raconte toutes ces années, mais surtout les bons souvenirs. Je donne le biberon à la petite bichette qui me fait plein de risettes. On est même allés voir la mer... J'ai 6 ans à nouveau, on sort le cerf volant, on fait des roulé boulés dans le sable, je joue à ne pas me faire mouiller les pieds par les vagues au bord de la plage.

Le zio et et la Fiura auraient tellement ri...



____over and out____

jAne.

4 commentaires:

  1. Au final c'est ptêt bien ta meilleure note! (même si le nouveau correcteur a laissé passer quelques fautes que l'oeil vigilant du précédent aurait vaillamment corrigé)

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    1. Merci Nassim ! (et je ne t'ai même pas fait d'infidélité : les fautes, c'est moi qui les ai corrigées, c'est pour ça qu'il en reste...)

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  2. Merci Jane pour cette très belle note.
    Moi aussi j'ai un petit village caché tout la haut dans les montagnes d'Italie. Caché tout la haut a la frontière avec l'Autrice et la Slovénie.
    Quand je lis ta note, je m'y revois avec mes frères, sur la place du village, à la rivière (en y allant on se tord le cou dans la voiture pour voir s'il y a de l'eau pcq parfois c'est tout sec, a manger des glaces, du saucissons, a faire la cuisisne avec la zia, a nous goinfrer de pâte, dans la cour derrière la maison, a rigoler des blagues du zio...
    Et mon zio il est comme le tiens, avec ses cheveux avec la marque des dents du peigne, avec sa bedaine et tout et tout!
    Je revois tous nos moments privilégiés! Pcq oui on est des privilégiés d'avoir un petit village tout la haut dans les montagnes d'Italie!
    Et comme toi les années passants on n'y suis plus allé. Mes parents eux y vont et nous raconte le village, les gens, la vie la bas. Et a chaque fois on soupire d'envie pcq ça nous manque tout ça. Mais on prend jamais le temps d'y aller.
    Et cet été ma mère m'a dit "on va passer 1 semaine en Italie en avril 2013". Et moi je me suis dit que j'irais bien avec eux. Que j’amènerais bien mon amoureux pour qu'il découvre cette partie de ma vie qui m'est très chère.
    Et la quand je lis ta note, je me dis qu'il faut pas se dire j'irais bien mais y allé carrément! Prendre l'avion, retrouver ma zia et mon zio que j'ai pas vu depuis trop longtemps, ne pas bouger du village de la semaine et profiter, profiter, profiter, comme quand j'étais petite. Pcq même si on crois qu'ils sont éternels, malheureusement un jour ma zia et mon zio il ne seront plus la, et que ce jour la j'aurais des regrets.
    Alors c'est décidé, en avril 2013, je met mon amoureux dans ma valise et je m'envole pour lui faire découvrir la merveilleuse vie en Italie dans mon petit village caché tout la haut dans les montagnes!

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    1. Chère Loulette... par où commencer ? j'ai été très touchée par ce commentaire. Bien évidemment qu'il faut y aller ! bien évidemment qu'il faut saisir ces petites occasions tant qu'elles sont là, juste à portée de la main, encor eplus entourée de tes proches ! Je suis bien contente d'avoir apporté ma toute petite contribution à cette résolution. J'étais loin de me douter que le fait de partager mes petits bouts de vie me mènerait à ces mots là de personnes comme toi, que je ne connais pas.
      Donc mille mercis, profite bien du temps passé là-bas avec les tiens, et savoure les moments qui te rapprochent de ton voyage, c'est parfois ci bon l'attente !. Comme quoi, mon zio peut encore faire de belles choses de là où il est si ça te permet de retrouver le tien !

      merci encore, merci toujours, arivederci !

      ____over and out____.

      jAne.

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