vendredi 13 décembre 2013

Jean-Paul, il avait trop raison de sa mère #4 : Dans Paris, à vélo, on dépasseuh les autos //part 1//

Comme tu le sais déjà, étant un lecteur assidu de ma prose, je me déplace quasiment exclusivement à vélo. Sauf quand je prends le bus parce que j’ai la flemme ou que c’est le weekend. Et j’habite à Paris. Après environ 4 ans à essayer de lutter contre les crises d’angoisse métropolitaines, j’ai décidé de façon unilatérale que j’avais bien le droit de m’adoucir la vie en évitant les horreurs que seul un détenteur de pass navigo peut connaître. Et après environ 3 ans à essayer de me faire régulièrement la rue de Ménilmontant, de Crimée ou encore celle du faubourg Saint Jacques en Jeannette*, j’ai décidé de façon latérale et unanime de m’adoucir la vie en acquérant un vélo électrique pour mes 30 ans.

*Parce que bon. ça va un moment d’arriver en sueur au bureau / à une date. Après, tu en as juste marre de stresser toute la journée / soirée parce que ton déo anti traces blanche t’a lâchée*.

Ce qui nous amène donc à aujourd’hui. Aujourd’hui, je peux donc fièrement tordre le coup à cette idée reçue qui veut qu’à Paris PutainDeVilleDeL’Amour de mes deux, faire du vélo, c’est aussi génial que dans un clip de Taylor Swift.

*Mais si, tape «begin again taylor swift » dans youtube et paye tes clichés parisiens…*

Voici donc ce que j’appellerais en toute classe le :

TOP 10 DES « JE T’EN FOUTRAIS MOI DU VÉLO À PARIS QUI DÉPASSE CES ENCULÉS DE TAXIS. ». Plus comunément appelé le JTFMDVAPQDCEDT.


*Ou pas…*


#1 : Dégage / va chier / vas-y / putain de / … Connasse / pétasse / salope / pauv’ conne / sale pute.

Depuis que je me déplace à vélo, c’est impressionnant comment j’ai appris les bonnes intonations pour traiter les filles. Et si j’en crois les gentils mots doux qu’on me donne quand je me balade à vélo cheveux aux vents telle Taylor, je suis la pire des trainées que cette terre ait jamais portée.

*Vraiment, je te promets, Marie madeleine à côté, c’est une petite joueuse.*

L’important, c’est de bien appuyer sur les « p » et de faire siffler les « u » et les « tasses ». 

*Le combo ultime étant putasse.*

Et il faut savoir une chose quand tu es à vélo, tu n’es jamais à ta place. JAMAIS. même quand, en fait, tu ne peux pas être plus au taquet du respect du code de la piste cyclable. J’en veux pour preuve ces 2 témoignages : 

Boulevard de Ménilmontant, au niveau du Père Lachaise, extérieur jour :

Je suis sur ma piste cyclable, une caillera taille le bout de gras de jambon avec une autre caillera. Je suis à 10m, à vive allure, donc je dringue gentiment de la sonnette. Aucun mouvement desdits personnages. Je re dringue en insistant. Re rien. Je dringue frénéniquement en m’écriant de ma petite voix de fille « pardonnnn s’il vous plaiiiiiit ». Re re rien. Je m’arrête et dit « je voudrais passer s’il vous plait ». Les racailles soudain s’aperçoivent qu’il y a des humains sur cette planète. Ils réalisent que cet humain est équipé d’une teucha et s’exclament alors : « Va chier salope » en faisant un demi pas vers le trottoir. Bon Bon. C’est donc à ce moment que mon autre moi s’empare de mon cerveau, donne un grand coup de pétale avec un coup fourbe de guidon en s’écriant « SUCE MA BITE CONNARD ! ».

*Ben quoi ? il a eu sa chance plein de fois. Il peut aller se faire voir chez les grecs de ma part.*

Pont juste devant le théâtre du Châtelet, extérieur tombée de la nuit:

Je suis arrêtée au feu, un peu à droite du milieu de la voie parce qu’après je tourne en face à droite mais complètement à droite, sur le quai. Alors je reste un peu au milieu pour ne pas que la voiture qui arrive derrière se mette à ma hauteur au feu, me coupe la route, créant un arrêt brusque suivi d’un démarrage laborieux de ma part qui pourrait faire que la voiture de derrière derrière me rentre dedans ne m’ayant pas vue à cause du connard de devant lui derrière moi.

*c’est technique le vélo.*

La voiture s’arrête derrière moi mais joue de l’accélérateur pour me faire comprendre qu’elle est au taquet de la pastille valda. Le feu passe au vert. A la même fraction de seconde et avec une insistance à vous crever les tympans, son klaxon retentit. De façon continue. Mais genre sans aucune interruption.

* Au cas où j’aurais pas compris que cette lumière située à 1m à tout casser des mes jolis yeux est passée du rouge au vert, on sait jamais, ça peut m’échapper.*

S’il y a bien un truc qui me fait serrer du cerveau après une journée de boulot, c’est quand la voiture derrière moi klaxonne comme une tarée pour me presser. Et j’avais bien anticipé : au feu, je me suis retournée pour checker le /la conducteur/trice. Pas de personne en train de mourir à la place du mort, pas de gyrophare en lousedé sur le tableau de bord. Juste un homme d’une cinquantaine d’années en chemise/cravate/veste de costume plus connu sous le nom de « connard ». Et quand le connard s’est mis à me klaxonner et me taper de façon imperceptible la roue arrière pour me faire avancer, mon autre moi s’est encore emparé de mon cerveau. J’étais prête à démarrer, le pied droit sur la pédale à peu près en haut mais pas trop. J’ai enlevé mon pied et me suis retournée. Et pendant ces secondes interminables, le connard n’avait pas laché son klaxon. Il m’a dit à travers son pare brise « Dégage pauv’ conne ! ». Je. N’ai. Pas. Bougé. D’un. Yota. En le regardant avec un petit sourire. Je lui ai dit « Tu peux klaxonner tout ce que tu veux connard, tant que tu m’en fais voir plein les tympans, je ne bougerai pas ». Mais comme il ne m’entendait pas, je lui ai aussi parlé en langage des signes. Avec mon majeur. 
Je me suis retournée vers le feu qui était toujours au vert, mais pas pour très longtemps. Le klaxon s’est arrêté. J’ai immédiatement démarré. L’histoire s’arrête là : il tournait à droite sur le quai et moi j’ai continué en face à droite mais pas complètement.

Des histoires comme ça, j’en ai cinquante mais je ne te les dirai pas toutes sinon ça va être trop long…

*Tidadiladaaaaaaa à Paris, à vélo, on déppasseulézotooooooos…*


#2 : La piste Gérard Majax.
Comme les rues à Paris ont des noms, moi et les gens de dans ma tête, on s’est amusés à rebaptiser les pistes cyclables avec des noms à elles parce que y’a pas que ces connards d’autolibilistes qui ont droit à des noms de rue carrossable. Et ma préférée, c’est la piste Gérard Majax. (NDLR : Dans ma tête, Gérard est le pro de la disparition / réapparition.)

*C’est aussi le surnom de l’enfoiré qui ne te rappelle jamais sauf quand il a besoin de… heu… d’un tire-bouchon.*

Et la piste Gérard Majax la plus flagrante à ma connaissance, elle est sur le canal Saint Martin, au niveau de la rue du Faubourg du Temple. La piste cyclable au niveau de la rue du Faubourg du Temple, à un moment donné, y’a des gens qui se sont penchés sur la question. Ils ont réfléchi hein les gens, chuis même à peu près sûre que ça devait être des ingénieurs en piste cyclable. Et ma main à trancher que ça s’est passé comme ça dans le bureau de l’ingénierie de la piste cyclable :

-«  Hè Michel, on fait comment là pour la piste du Canal Saint Martin ?
- Ha ben c’est simple Bernard, regarde : là on la met sur la droite des 2 voies et au feu là, juste après le croisement, on la fait passer à gauche.
- Ouais mais comment ils font du coup les cyclistes ?
- Ben ils traversent les 2 voies des voitures en sortant la main gauche pour que les automobilistes les voient se déporter à gauche !
- Ha ouais je sais, et on va même carrément mettre les dessins rigolos de vélos avec des flèches en travers de la route !
- Ha ouais ! génial ! Et puis comme ça, les automobilistes, ils verront ça plus la main et c’est sûr, ils les laisseront traverser les cyclistes ! »

*Hi Five !*

Mais oui ! Ils ont trop raison Michel et Bernard : moi, dès que je lève mon petit doigt, je te raconte pas comment les voitures, les bus, les camionnettes et les taxis ils me laissent grave passer ! y’en a même un qui est descendu de sa caisse pour mettre un tapis rouge devant moi ! 
Non.
Donc tu l’auras compris, c’est trop la merde. 

*Quand je ne me rappelle plus très bien certains moment de ma vie, j’aime bien aller là-bas. J’ai toujours adoré regarder ma vie défiler devant mes yeux.*

 Mais heureusement, après un temps de pratique, ils se sont bien rendu compte que c’était merdique comme système, Michel et Bernard. Alors du coup ils ont re réfléchi et ont encore plus amélioré leur système de ouf :

-«  Hè Bernard, t’as vu, c’est un peu la merde là sur le canal. Y’a plein de cyclistes qui se plaignent, y disent que les automobilistes c’est que des méchants qui font que les empêcher de passer ! du coup ils ne se retrouvent jamais au bon endroit après le feu ça craint ! Y’en a même qu’auraient vu Lamor en face !
- En face de quoi ?
_ Ben je sais pas. Ptêt en face, sur la piste cyclable de gauche après le feu des voitures ?
- Mais oui je sais Michel ! le feu en face ! tu es un génie : on va rajouter un feu pour les vélos !
- Ha ouaiiiiiiiis graaaaaaaaave ! et en fait, quand le feu des voitures passe au rouge, celui des vélos passe au vert pour qu’il passent devant les voitures se mettre à gauche pour être en face de la piste cyclable d’après le feu !
- Mais tu as tout compris Bernard ! Même qu’on va mettre des pointillés pour que les voitures s’arrêtent à 2m du feu comme ça, les vélos, s'ils sont plusieurs, ils auront la place de se ranger.
- Voilà oui C’EST ÇA ! Et bien sûr, le feu des vélos y reste rouge tant que celui des voitures est vert !
- Bien sûr ! »


*Hi Five !*


Gé. Nial. Vraiment, ce système a révolutionné ma vie. Donc maintenant, au lieu de risquer bêtement ma vie à essayer de me déporter vers la gauche en traversant devant des taxis véners ou des camionettes démoniaques, c’est beaucoup plus simple : J’arrive au feu, j’attends (30 minutes) que MON feu crache sa putain de valda. Là, j’ai 2 secondes 47 pour traverser avec les piétons parce que bien sûr toutes les voitures de merde et le bus de 4 étages qui ne fait pas du tout peur se sont tous bien gentiment alignés derrière les SUPER pointillés. Puis là, c’est bon, tout le monde démarre et je ne me fais jamais claxonner parce que comme j’ai pas la place de me mettre d’équerre, je suis en travers devant cette PUTAIN DE VOLVO DE MERDE QUI N’A PAS RESPECTÉ LES PUTAINS DE POINTILLÉS de Bernard et Michel.

Mais restons calmes. Merci Michel et Bernard pour votre génie. Hi putain de Five les gars !

*Tidadiladaaaaaaa à Paris, à vélo, on déppasseulézotooooooos…*


#3 : La camionnette diabolique.

Quand tu fais du vélo à Paris, tu apprends assez rapidement à identifier les prédateurs naturels du cycliste. Et il en va de ta survie d’apprendre, sur le tas, les parades essentielles à la préservation de notre espèce en voie d’expansion.

Le pire ennemi pour moi, ce sont les camionnettes. Ces putains de camionnettes, que ça soit les blanches des entrepreneurs, les jaunes de la poste, les marron foncé d’UPS, sont là pour une seule et unique raison : te mettre en situation de mort potentiellement prochaine.
Elles sont plus grosses et plus hautes que les voitures. Et pour cela, leur conducteurs pensent qu’ils ont la priorité. Sur tout. Sur le démarrage « dégage de là » ; sur le « je déboîte sans cligno de toute façon je suis le plus gros, on me fera de la place » ; sur le « m’en fous que ça soit une rue à double sens voiture / cycliste, je passe et le vélo se fout un peu où il veut, moi je ne sentirai rien ». 
Mais surtout, surtout sur le « nan mais je m’en fous, j’ai mis les warnings et j’ai mon panneau livraison, je peux me garer sur la piste cyclable ». 
ERF. 
J’habite dans une rue en sens unique mais qui a une piste cyclable en contre sens. Une vraie piste cyclable avec un petit boudin censé nous protéger des voitures qui arrivent en face, pas juste un logo vélo avec des flèches le long des places de staitonnement. C’est une rue avec plein de bars, restaurants et immeubles. Et donc, des livraisons à gogo. Et bingo, quasiment tous les jours, quand je remonte ma rue sur ma piste, je dois à un moment ou à un autre me déporter sur la voie carrossable parce qu’une putain de camionnette me barre la route. Parce que forcément, les camionnettes, elles ont des roues assez grandes pour passer par dessus le petit boudin sans racler le dessous.
Donc là j’ai 2 solutions : soit je chècke s’il n’y pas de voiture qui arrive en face et je trace, soit je descends de mon vélo et je marche sur le tottoir quand il reste de la place. Donc j’ai généralement 3 résultats : 1, tout va bien. 2, je me fais klaxonner par une voiture qui arrive à donf et qui n’a pas envie de ralentir ; 3, je me fais traiter par un piéton qui arrive à contre sens et qui trouve ça « insupportable ces vélos sur le trottoir alors qu’ils ont une piste cyclable juste à côté ».

*Non mais vraiment ? c’est moi la relou là ? TU LA VOIS PAS LA PUTAIN DE CAMIONNETTE JAUNE POUSSIN DE LA POSTE SUR LAQUELLE TU T’APPUIES LE TEMPS DE ME LAISSER PASSER ? VRAIMENT ?*

Je me retrouve aussi parfois à jouer au jeu du suspense. Tu sais ? celui où tu vois une voiture arriver au loin mais que, vu comment tu es lancée et vu comme le boudin de la piste cyclable s’arrête pile là, et là, si tu serres les fesses, ça passe. C’est histoire de dé dramatiser un peu, je me mets alors à fredonner le générique de « mission impossible » ; ou bien je parie avec les gens dans ma tête combien de temps l’automobiliste qui arrive va mettre avant de klaxonner.

Parce que non. Jamais personne ne compatira parce qu’une putain de camionnette n’a rien à faire au milieu de là où tu es censée te trouver pour ne faire chier personne. Sérieusement. Les camionnettes, c’est les sales gosses de la cour de récré qui traumatisent tout le monde et contre qui jamais personne n’ose se rebeller. JA-MAIS. Sauf moi. Quand par hasard je vois le conducteur de la camionnette courir vers son engin diabloque pour faire genre « je me remue un peu mes abdos kro », je m’arrange toujours pour communiquer avec eux le fond de ma pensée. De façon universelle pour être sûre que, même si on n’a pas l’air  de parler la même langue, on peut se comprendre : regarde bien. Tu vois ça ? c’est mon majeur. Il est beau hein ?

*Tidadiladaaaaaaa à Paris, à vélo, on déppasseulézotooooooos…*

____to be continued____

jAne.


* : Jeannette, c’est le nom de mon ancien vélo qui a pris une retraite bien méritée chez mes parents dans le sud. C’est un Peugeot pliant des années 60 bleu tout petit modèle and 3 vitesses. Sauf qu’en fait, comme elle est vieille, c’est toujours coincé sur la vitesse dure.

1 commentaire:

  1. Bon bah vu que je ne me souviens pas du débrief bourré :

    1) ton correcteur back-up il est pas bien vigilent...
    2) ils ont touché à la piste Majax ? Moi le pire c'est que je tournais à gauche juste après donc je ne pouvais pas tenter la feinte de je reste à droite jusqu'à ce que y ait un feu rouge ou plus de voiture et je me décale tranquilou, j'étais 100% forcé de tourner à gauche (pas le virage le plus safe de paris par ailleurs). Mais encore avant c'était encore pire, quand au même endroit où tu dois changer de côté t'avais une rue à droite qui avait la priorité et sur laquelle tu n'avais aucune visibilité depuis la piste cyclable... ah, qu'est ce qu'on riait.
    3) Moi, à part le fait qu'elles sont trop petites pour aller sur les pistes cyclables quand y a une séparation (et encore), mon pire ennemi à Paris c'est les Smart et les Minis. Chaque fois qu'une voiture a tourné sans clignotants ou pilé sans prévenir alors que y avait rien devant lui, est sorti de sa place de parking sans feux ou a déboîté sans prévenir, c'était une de ses petites plaies avec un blaireau au volant... Le pompon étant la fois où j'en avais un à gauche (sur la voie pour aller à gauche) et un à droite (sur la voie pour aller à droite) et qu'ils ont décidé, sans aucun feu, d'échanger leur place (je ne sais pas comment ils ont fait pour ne pas s'emplafonner d'ailleurs)

    Roger fereder and out

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